| GENEVE - Oser paraître Revue de presse |
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Le Temps - samedi culturel du 19 février 2005 Genève dans le miroir de son théâtre HISTOIRE. Serge Arnauld a signé un ouvrage monumental qui dresse l'histoire du théâtre et de l'opéra dans la Cité de Calvin. Trois volumes nourris de chroniques et de documents pour tracer l'édification du Grand Théâtre. Serge Arnauld. Genève Oser paraître. Mentalités, goûts et mœurs au regard du théâtre. Association Place Neuve, 525 p. C'est un puits de science. C'est surtout un torrent d'émotions. Serge Arnauld parle avec force et volubilité. Il ne tarit pas d'anecdotes sur l'histoire du théâtre et de l'opéra à Genève. Depuis quinze ans, ce Genevois né à Chêne-Bougeries a rassemblé des informations pour bâtir une œuvre monumentale. Oser paraître, comme le suggère son titre, est davantage une réflexion sur le comportement du Genevois face au théâtre que sur le théâtre lui-même. Trois volumes, nourris de chroniques et de documents historiques, pour animer la mémoire d'une institution le Grand Théâtre de Genève dont l'histoire oscille entre amour et haine. Comme si le plaisir et la jouissance ne pouvaient se passer de sacrifices et de conflits d'intérêts. Samedi Culturel: Dans quel contexte le théâtre est-il né à Genève? Serge Arnauld: Dans une atmosphère de troubles sociaux. Le théâtre a sans cesse été convoité et redouté. Il est à l'image du Genevois, qui vit dans la dissimulation de son être mais qui nourrit de hautes ambitions ne parle-t-on pas de la «grande gueule genevoise»? Son histoire, et ses difficultés surtout, remonte à l'époque de Calvin et de Rousseau. Sont-ils pour ou contre le théâtre? Tous deux se méfient du théâtre, mais pour des raisons très différentes. Calvin dénonce l'absorption dans les images et les idoles. Il bannit toute représentation dans les églises. Il demande aux hommes de se rencontrer dans l'austérité, le silence et l'obscurité. Or cette obscurité est éminemment théâtrale. Lorsqu'on est seul face aux Ecritures, on est porté par les images mentales vers le théâtre un théâtre imaginaire qui est ce questionnement de la représentation. Et Rousseau? Rousseau se méfie du théâtre comme distraction des populations. Pour lui, Genève brille par le savoir-faire des ouvriers locaux. Ce sont d'ailleurs des gens très instruits les horlogers savent le grec, le latin et l'hébreu. Le théâtre ne peut que les pervertir, gaspiller leur argent et les éloigner du contrat social qui les lie à la cité. Voltaire, à l'inverse, prône la duplicité humaine. Il incite les calvinistes à se rendre au théâtre en dehors de la ville. Il montre la vanité du théâtre, tout en relativisant: «Votre problème n'est pas avec la représentation, dit-il à Calvin et à Rousseau, mais avec le plaisir. Vous ne savez pas jouir.» Où sont-ils, alors, ces théâtres? A Carouge (cité sarde), à Grange-Canal (dans une maison savoyarde), à Châtelaine. Voltaire, lui, s'installe aux Délices dans le quartier de Saint-Jean. Il fait venir de grands comédiens comme Le Kain et Mademoiselle Clairon. Suite à ses démêlés avec les autorités genevoises, il se déplace en 1759 à Ferney et devient propriétaire du château de Tournay où il reçoit les Genevois pour assister à des pièces de théâtre. L'aristocratie en fait son instrument contre le pouvoir consultatif accordé à l'autorité religieuse, un pouvoir dont ce clergé abuse. Comment se passe la gestion des théâtres à cette époque? Ils ont une vie assez courte: soit ils sont incendiés, soit ils ferment à cause des conflits sociaux. Les pasteurs n'en veulent pas. Les bourgeois (qui ont acheté la citoyenneté) préfèrent se rassembler dans des cercles pour lutter contre les patriciens. Et les natifs (les plus pauvres) sont excités contre les bourgeois pour obtenir des droits. En 1791, le théâtre de la place Neuve est fermé à la suite d'une représentation houleuse de Guillaume Tell de Lemierre. Trois ans plus tard, ce même théâtre est transformé en filature de coton! Mais alors, comment le théâtre survit-il à Genève? Le seul théâtre permanent, c'est la rue, les chansons politiques. Peu à peu, la méfiance et l'engouement pour le théâtre vont trouver une zone où il est possible d'exister: les représentations nationales. Au XIXe siècle, il y aura de grandes célébrations liées aux alliances militaires, la musique patriotique, les Fêtes des vignerons pour cimenter la cohésion sociale. Le théâtre s'adresse-t-il alors toujours au même public? Le climat politique est complètement différent. Dès 1840, le pouvoir radical donne une stabilité au théâtre à Genève. La Ville s'en sert d'ailleurs comme levier politique pour obtenir son indépendance par rapport au canton. Elle fait en sorte qu'il y ait un pouvoir électif pour distraire la population laborieuse. Le théâtre acquiert une pérennité parce qu'il est relié à la vie sociale. Son dogme le libre accès au plaisir est une manière d'éduquer le public. On fait jouer l'opéra-comique et l'opérette française. D'ailleurs l'imagerie française est omniprésente, puisqu'en 1879, Genève inaugure un nouveau théâtre calqué sur le palais Garnier de Paris. Le XXe siècle poursuit-il sur cette lancée? Le lien entre la société et le théâtre se détériore peu à peu. L'opéra exerce une fascination de plus en plus forte sur les classes aisées. Le répertoire s'élargit considérablement. Aujourd'hui, il n'est pas encore devenu un fast-food. Viendra un jour où les productions seront un pur produit de consommation fabriqué de Pékin à Los Angeles. Le théâtre perdra alors complètement son lien avec la société, et la question de la représentation n'aura plus lieu d'être. Julian Sykes |
| Le Courrier, samedi 19 février 2005 Le théâtre et Genève, entre attraction et répulsion Beau-Livre - Un coffret dévoile le rapport qu'entretient la cité avec le spectacle. En l'honneur des 125 ans du Grand Théâtre de Genève, l'Association Place-Neuve publie trois volumes illustrés, réunis en un coffret, retraçant l'histoire de la scène genevoise. Intitulé Genève - Oser paraître. Mentalités, goûts et moeurs au regard du théâtre, il est signé Serge Arnauld, compositeur né à Genève qui a fondé le Festival international des compositeurs des Académies étrangères. En fin connaisseur, il est l'auteur de plusieurs ouvrages pour le théâtre dramatique et lyrique. SOUFLE GAULOIS Le premier tome, Miroirs, révèle entre autres le rapport ambivalent qu'a entretenu, dès le XVIè siècle, la cité calviniste avec le théâtre. Tantôt adulé, tantôt critiqué, ce dernier a souvent suscité la controverse: "Ce Spectacle à la fois convoité et redouté est le jeu le plus dangereux qui soit car, sous le prétexte de divertir, il révèle l'intimité entre une cité son image", écrit l'auteur. Mirages, le second volume, souligne l'influence qu'a exercée la France sur le "caractère genevois" et les comédiens, de la Révolution française à l'annexion de Genève par sa voisine, jusqu'à l'indépendance retrouvée. Enfin, dans le dernier tome, Blandices, Serge Arnauld revient sur une époque plus récente et se penche sur la production du Grand Théâtre de Genève entre 1989 et 2003. Il retrace ainsi les opéras qui, de Carmen de Bizet à Don Juan de Mozart, ont séduit le public genevois. Marie Bertholet |
| La Grange No 77, décembre, janvier, février 2004-2005 Genève - Oser paraître Mentalités, goûts et moeurs au regard du théâtre (560 pages) Aimez-vous Genève? Aimez-vous le théâtre? Avez-vous un doute sur ces amours? Aimez-vous ce doute? Vous êtes alors l'amoureuse d'une cité ou l'amatrice d'art susceptible de comprendre d'emblée le titre de cet ouvrage: Oser paraître. Avec moi vous ressentez l'approche contradictoire proposée par les deux verbes accolés: ce frein et cet élan que cette ville cultive. Voilà principalement ce qui se réfléchit dans cet ouvrage et désigne les trois volumes qui le composent. Miroirs: culte sans image, culture de son image. Mirages: l'empreinte et l'intuition. Blandices: le Spectacle de la Cité. Ces trois livres sont réunis dans un coffret dont on a appris, à la lecture d'un bulletin de souscription, qu'il était "luxueux" - ce qui fait sourire de nos jours, tant ce qualificatif est banalisé. Cet ouvrage fait l'expérience de ce nous montrons et avons montré de nous-mêmes; ce qui nous fait réfléchir à une manière d'être par la rétention ou la profusion d'images: quels sont ces mentalités? Deux exemples: quelle est la force de représentation de Guillaume Tell, figure naturalisée, notamment par les révolutionnaires français de 1789? Quelle est la grandeur "épique" du concierge Griffon, gardien du Collège de Genève, héros pour les enfants des générations marquées par l'audace et la retenue si propres à leur éducation? |
| Mireille S. Billon |
| Tribune des Arts, No 327 décembre 2004 Magazine de la "Tribune de Genève" Genève, ce grand théâtre Sous la plume de Serge Arnauld, la cité du bout du lac dévoile son histoire déterminée par l'accès aux plaisirs, son identité à double visage qui la rend si attachante. Dire Genève, c'est dire son combat pour le théâtre. Dire Genève, c'est parler de l'obscurité dans laquelle Calvin voit la lumière; c'est aussi parler des droits et des libertés dont Rousseau annonce la venue et qui conduiront à marcher dans des clartés attendues, contre tout obscurantisme. Dire Genève, c'est ruminer en secret la devise de cette cité: post tenebras lux. Genève est un foyer. Genève - Oser paraître, un ouvrage en trois volumes, réunis dans un coffret, dû à la plume de Serge Arnauld et édité par Place-Neuve éditions, évoque ainsi 500 ans (du XVIe au XXe siècle) de vie genevoise. Il la compare à un théâtre tout en racontant l'histoire de son théâtre lui-même. Il est possible, note Serge Arnauld, que l'attachement à une ville puisse se rapporter à la façon dont Carmen est perçue par Don José: "Elle mentait, Monsieur, elle a toujours menti. Je ne sais pas si dans sa vie cette fille-là a jamais dit un mot de vérité; mais quand elle parlait, je la croyais, c'était plus fort que moi." L'auteur évoque une mise en scène de la cité qui nous parle du plaisir comme le couturier s'attache à habiller la femme; une scénographie qui décrit l'accès aux plaisirs: la distraction, l'instruction et la fascination de soi. Ainsi s'expliquent les trois titres des volumes qui évoquent l'environnement de la célèbre bohémienne: la fumée chère à Carmen. Ce sont Miroirs, Mirages et Blandices. Dans les vêtements de son voisin A Genève, ce sont surtout Carmen et Faust qui ont rempli les salles du théâtre. Cette épreuve de la fugacité des choses et des êtres, cette tentation de l'instant qui donne au temps un goût d'éternité, le démon et ses charmes, rien ne pouvait mieux exciter la retenue des caractères locaux, rien ne pouvait mieux troubler la vocation d'éducateur qui a longtemps régné dans la cité du bout du lac. Comment Calvin et Rousseau, qui se sont opposés à l'installation du théâtre, ont permis cependant que le théâtre s'imposât, non point pour braver ces oppositions, mais en tant que conséquences de la réforme théologique de l'un et de la philosophie politique de l'autre. Par le développement de la conscience individuelle et sociale. Genève est une ville où l'on parle français, mais qui n'est pas une ville française. Néanmoins, la plupart des directeurs du Théâtre de Genève ont été des entrepreneurs de spectacles français. Le Grand Théâtre lui-même est inspiré par l'éclat du Palais Garnier à Paris. Pourquoi une ville si fière de son ouverture d'esprit, s'admire-t-elle dans les vêtements de son voisin? Etre soi-même et être un autre, cette activité de l'acteur, cette duplicité comme valeur conciliante et source de tensions à la fois, ce rôle n'est-il pas le destin véritable du citoyen, à la fois indigène et étranger? |
| Mireille S. Billon |
| Télévison Suisse Romande Zig Zag Café du jeudi 16 décembre 2004 Diffusion: jeudi 16 décembre 2004, 13:15 sur TSR1 Rediffusion le 16 décembre 2004, à 23h00 sur TSR2 Voir l'émission sur le web |
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